MÉMOIRE DE LA DIGNITÉ EN ACTION AU CENTRE DES PÉRIPHÉRIES MÉPRISÉ

MÉMOIRE DE LA DIGNITÉ EN ACTION AU CENTRE DES PÉRIPHÉRIES MÉPRISÉ

De Miquel Fernández González
dimanche 21 décembre 2014


Une recension du livre Rastros de Rostros [1]

MÉMOIRE DE LA DIGNITÉ EN ACTION
AU CENTRE DES PÉRIPHÉRIES MÉPRISÉ

« Rastros de rostros propose une méthodologie aussi révolutionnaire que les faits qu’il présente. »
Cantine populaire au Ritz de Barcelona

« Les périphéries devinrent pendant un temps le centre. »

De Miquel Fernández González
Observatori d’Antropologia del Conflicte (OACU).
Facultat de Geografia i Història. Departament d’Antropologia Social i d’Història d’Àfrica i Amèrica.
Universitat de Barcelona. 22 janvier 2014.

Le premier à me mettre sur la piste de Pere López Sánchez fut mon collègue anthropologue Manuel Delgado. J’étais en train d’examiner jusqu’à quel point la tenue des Jeux olympiques de 1992 à Barcelone avait été un « objectif de tous ». L’article en question [1] critiquait le consensus factice autour de ce macro événement. Je fus surpris par la profondeur et l’originalité de la perspective critique, par la lucidité de l’analyse et par le style incisif et clair du texte. Sa façon d’écrire et d’analyser – précise et précieuse à la fois – ainsi que la perspective profonde et radicale me conduisirent à chercher d’autres écrits de lui [2]. Le second texte qui attira mon attention élargissait la critique jusqu’à poser les jalons de ce qui constituerait bientôt la délégitimationacadémique [3] du Modèle Barcelone[4], aujourd’hui décrié par ses propres promoteurs [5]. Car, comme nous le rappelle López Sánchez – sans s’y référer une seule fois, le silence valant parfois mieux que de longs discours – le Modèle a existé, et il doit sa reconnaissance mondiale à son expérience ardue à l’heure de mettre le sol de la ville à disposition des spéculateurs locaux et internationaux, aussi bien que pour perfectionner l’exploitation des pauvres et leur contrôle.

La ville du pardon dont avait rêvé le grand-père du maire olympique Joan Maragall n’a jamais été aussi près de se réaliser que dans la période qui va de son élection en 1986 comme siège des Jeux olympiques de 1992, jusqu’à l’expulsion du cinéma Princesa en 1996. Dix années furent suffisantes pour étourdir une grande partie de la population, et pour laisser libre cours à un capitalisme aussi sauvage que celui qui explique en partie le déclenchement de la révolution que nous relate López Sánchez. Ce rêve de la Barcelone de l’ordre sera remis en question et connaîtra sa première grande opposition lors de la série de protestations qui débuta en 2001 avec l’occupation massive des rues contre la Banque mondiale, qui avait prévu de célébrer à Barcelone l’Annual World Bank Conference on Development Economics (ABCDE acronyme d’ailleurs éloquent). Cette série se poursuivra jusqu’à nos jours sous diverses formes d’occupation des places publiques.

Ses monographies précédentes, Un verano con mil julios[6] ou El Centro histórico, un lugar para el conflicto[7] sont considérées aujourd’hui comme incontournables pour connaître l’histoire critique du gouvernement des villes en général, et plus particulièrement celui de Barcelone. Cependant, le nouveau livre du géographe dont nous rendons compte ici a dépassé toutes mes attentes. Il s’agit de l’analyse détaillée de la révolution sociale du premier tiers du siècle dernier dans le quartier barcelonais de Can Tunis. Mais il ne s’en tient pas là. Rastros de rostros propose une méthodologie aussi révolutionnaire que les faits qu’il présente.
J’espère que ces quelques pages fourniront une synthèse qui fera honneur à l’exhaustive enquête de López Sánchez. Elles se veulent aussi un hommage à ce livre émouvant, novateur et intelligent. Je veux souligner ici deux grandes questions qui, à mon sens, font de Rastros de rostros le travail le plus indispensable, en matière de sciences sociales, récemment publié en Espagne. Premièrement – et comme on vient de le dire -, son précieux et irrévérencieux apport méthodologique pour aborder des problématiques historiographiques. Deuxièmement, c’est, littéralement, l’accouchement de la lutte des habitants des Casas Baratas de Can Tunis. Une poignée de personnes qui, comme dans d’autres quartiers ouvriers, étaient traitées de pouilleux, de racaille, de sans noms, d’éternels perdants et perdantes de l’histoire. Dans ce sens, c’est peut-être l’œuvre en castillan qui se rapproche le plus de la huitième thèse sur l’histoire de Walter Benjamin [8], selon laquelle, ne l’oublions pas, la mémoire se construit sur des décombres, et pour les opprimés, les pauvres, les étrangers… l’État d’exception constitue la règle de la vie ordinaire. C’est en ceci que Rastros de rostros est sans doute le témoignage le plus gênant sur le possible, et sur ses ennemis.

L’État d’exception a également envahi la pensée issue des universités. Le travail de López Sánchez est nécessaire parce qu’il attaque les oublis éloquents de l’historiographie officielle, et parce qu’il propose une méthode qui défie les règles d’unestablishment académique habitué à observer le monde social de très loin, et de très haut. Ce travail est des plus importants parce qu’il s’élève clairement contre l’État d’exception académique qui établit ce que et comment on doit penser, rechercher ou raconter. Une marque de fausseté et d’hypocrisie qui n’a pas rendu justice aux traces des éphémères victoires contre l’oppression, aux façons de vivre et de s’organiser sans la domination des uns sur les autres.

Joan Margarit [9] dit : « Ce n’est pas de l’histoire que j’ai la nostalgie. C’est de la géographie. » Et c’est un géographe qui nous alerte sur le fait qu’aujourd’hui, plus que jamais, il faut lutter sur tous les fronts afin que l’injustice ne persiste pas sous la forme de la normalisation. Enfin, il faut remercier la maison Virus pour l’édition d’un texte éloigné des modes historiographiques et des impondérables académiques.

Question de méthode. La méthode en question
Un titre tel que Rastros de rostros en un prado rojo (y negro) synthétise non seulement ce qu’a découvert (ou pas) l’auteur, mais aussi comment il a procédé. López Sánchez nous donne une formidable leçon de comment apprendre, appréhender, découvrir (dans le sens d’exhumer ce qui était caché, et trouver ce qui était ignoré). Il dit tout au long du texte : « J’ai préféré les points d’interrogation aux interrogatoires », laissant de côté « le rôle de déprédateur en faveur de celui de collecteur » (p. 196). Lorsqu’il n’a pas de données, il ouvre l’éventail des possibilités et précise bien que ce sont uniquement celles qui lui viennent à l’esprit. Ce qui est arrivé est une chose, et ce qui aurait pu se passer en est une autre ; l’une se plie aux faits, l’autre aux souhaits ou aux craintes. C’est une position éthique mais aussi méthodologique car il est le premier à s’interroger sur la valeur des données : qu’est-ce qui a le plus de valeur, les archives ou les paroles des protagonistes et de leurs proches ? Partant de ce respect pour les faits survenus, et prenant en compte la faiblesse de la mémoire, l’auteur examine avec une totale honnêteté l’immense documentation qui lui a permis d’esquisser ce qui a pu se passer. Et il scrute avec un acharnement particulier les traces qui ont pu être effacées afin que rien ne change. Car une autre prémisse émane des pages de Rastros de rostros : il est bien plus difficile de laisser une trace que de l’effacer.

Ce qui a été vu a un rapport avec comment cela a été vu et comment on l’explique. L’essai sur les façons de connaître n’est en aucun cas gratuit. Dans ce sens, parmi les réflexions méthodologiques qui surgissent d’un bout à l’autre du livre, celles des pages 201-202 sont particulièrement précieuses :
« Les pièces de monnaie ont deux faces. Les intentions ne sont pas forcément des prétentions. On ne peut se fier complètement aux papiers imprimés qui affichent des noms. Ils ont toujours été écrits, souvent par la dictée, en traînant une signature pompeuse ou grise, avec ou sans sceau. Du regard à l’écriture il y a un pas : l’un et l’autre creusent dans la réalité des faits – de certains faits -, et ils racontent et observent ce qui semble opportun, d’après ce que l’on peut parvenir à connaître, d’après ce que l’on veut savoir. Cette double réduction des réalités fuyantes devrait nous servir à ne pas mettre sur un piédestal des sources qui, même si elles passent pour primaires, n’en sont pas moins secondaires ; c’est-à-dire construites et faussées. Les choses, et encore plus les faits dépendent des yeux qui regardent, ou qui se détournent ; des bouches qui parlent, ou qui se taisent. L’action représentera toujours quelque chose de différent pour celui qui l’accomplit et pour celui qui l’observe. On est trop loin de toute prétention absurde de s’approcher de la vérité, si on l’écrit avec un V majuscule, cela va de soi. Intention de savoir ce qui a pu se passer, cela se peut bien. Ce n’est pas beaucoup, mais ce n’est pas rien. »

Ce paragraphe est une bonne manifestation de l’honnêteté du travail de López Sánchez. Un récit historiographique qui n’invente rien, qui suppose quelque chose en précisant sa composante propositionnelle, et qui n’en fait pas sa vérité. Il expose, met en relation, analyse, et ne trompe pas. Il dit ce qu’il sait, ce qu’on lui a dit et chaque chose est située sur le plan correspondant. Il ne prétend pas reconstruire une vérité qui n’a jamais existé, il ne cherche pas à imposer une lecture tendancieuse et intéressée. Et il le fait en prenant parti, certes, mais en se distanciant de sa propre opinion au moment de décider. Il écrit ce qu’il sait qui est arrivé. Le reste, il le suppose, et cette franchise que d’autres auteurs prendraient pour une faiblesse est le cœur même de la valeur de son imposant travail de recherche.

López Sánchez s’immerge dans les documents et les sources orales sans se fier aux uns ni aux autres. L’auteur veut comprendre comment les gens ordinaires vécurent et s’impliquèrent intensément dans un processus révolutionnaire. Il trouve ses données ici et là, depuis des comptes rendus policiers jusqu’aux fiches de pension de réversion versées aux veuves des combattants tombés au front, qu’il utilise pour rendre compte de l’histoire des habitants des Casas Baratas de Can Tunis. À la fin, dans l’idée de contester frontalement le silence qui entoure ces personnes, il les nomme et les énumère : 186 hommes et femmes qui « ne sont pas nombreux, mais ces traces témoignent qu’ils voulurent et surent être ensemble dans leur présent hostile, en agissant et en pensant dans le cadre d’un futur proche » (p. 206).
Ni la disposition des chapitres, ni le développement de la narration ne sont conformes aux canons. Il n’y a pas de progression, il n’y a pas – toujours – une séquence correcte et univoque des faits – principe que nous rappelait avec insistance le grand cinéaste Joaquim Jordà –, ils vont et ils viennent. Et avec ce va-et-vient, López Sánchez nous introduit dès le début dans les ressorts internes des questionneurs de l’histoire, la personnelle, la collective et l’officielle, mais surtout celle qui est tombée dans l’oubli – la massacrée.

Coopérative Flor de maigt de Can TunisSouvenirs d’une révolution qui fut une guerre (des classes)
Maintenant c’est le sous-titre qui nous met sur la piste de ce qui est raconté. « Las Casas Baratas de Can Tunis dans la révolution sociale des années trente » rassemble les résultats d’une énorme recherche sur les faits, les personnes, les lieux et les pratiques lors de la première, et peut-être la seule, révolution libertaire en Europe. Pour cela, il concentre son champ d’observation sur un quartier périphérique, dans toute l’extension du terme, Can Tunis. Le livre veut renouer un fil rompu de l’histoire. Un fil qui non seulement se brisa à cause de la défaite, mais aussi parce que ces vaincus et vaincues naquirent, grandirent et moururent dans la marge même, tout en étant la majorité. Pour cela, il rassemble des morceaux épars («  trazos hechos trizas », p. 56), regrettant la ville telle qu’elle était, mais sans aucune sorte de condescendance, car le portrait « misérabiliste le dégoûte » (p. 114). C’est avant tout un récit sur l’inconnu, une espèce de micro mémoire de la douleur, de la souffrance des pauvres, des éternels perdants, de leurs espoirs et des pratiques pour les combler. Alors pourquoi est-il si difficile de connaître la mémoire des dépossédés, des vaincus ? Que peut nous dire de nouveau Walter Benjamin ? Les effets de la défaite ne sont pas seulement balayés, mais aussi criminalisés, maltraités, au point que certains des protagonistes vivants – ou leurs parents – ne veulent pas se rappeler ces événements obscurs et douloureux. C’est dans ce sens que nous comprenons Benjamin, et tant López Sánchez que l’auteur de ces lignes nous accordons à dire que « dans ces quartiers, fouiller la mémoire est ingrat, gênant, quand ce n’est pas un supplice » (p. 207).

Il propose que le modèle d’analyse résultant de l’examen de l’immense quantité de documents serve à comprendre ce qui est arrivé dans le reste de la ville. C’est l’auteur qui le signale : « Même en ne traçant qu’à gros traits ce qui s’est passé dans ce pré rouge et dans ses alentours, il est évident que ces événements ressemblent beaucoup à ceux qui touchèrent le reste de la ville. Là-bas, il est arrivé tout ce qui devait arriver, mais ni plus ni moins qu’ailleurs » (p. 294).

Exposition universelle Barcelone 1988 [2]L’histoire occulte des miséreux commence à partir des effets d’un des piliers fondamentaux de ce qui allait être le Modèle Barcelone [10], c’est-à-dire l’impulsion donnée par les fonds publics à la production intensive de survaleurs au profit d’oligopoles, à partir de la promotion de méga événements. Dans le cas étudié, il s’agit de la célébration de l’Exposition internationale de 1929. Barcelone se prépare à mettre la ville en adéquation avec cet événement. L’exposition précédente de 1888, ainsi que la ferme volonté de l’élite barcelonaise de tirer profit du capital contenu dans le prix du sol de la Ville des prodiges et son Ensanche[nouveaux quartiers] flambant neuf vont transformer l’événement en une nouvelle étape de la classique accumulation capitaliste. Loin d’être original, ce processus n’est qu’une récidive. Il s’agit d’abord d’importer de la main-d’œuvre en provenance du reste de l’État à des prix coloniaux, pour activer la concentration de capitaux. Il faut ensuite rendre la « ville attrayante », c’est-à-dire, déjà à cette époque, masquer la souffrance et la pauvreté – précisément incarnée dans les corps mobilisés afin d’être durement exploités à Barcelone –, qui enlaidiraient les cartes postales. L’étape suivante consiste à configurer la ville pour la consommation – ou plutôt pour qu’elle soit consommée. C’est ce qui s’est produit jusqu’à aujourd’hui, où la foire sauvage d’un capitalisme antihumaniste dégage en ce début du XXIe siècle autant de violence que lors du premier tiers du précédent.
Las Casas Baratas de Can Tunis sont construites dans ce contexte. L’objectif officiel est d’éliminer du champ de vision des visiteurs les bicoques de la montagne de Montjuïc. « Tout devait être prêt ou en avoir l’apparence » (p. 64). La corruption urbanistique était déjà galopante dans cette Barcelone post-prodigieuse. Le plan fut élaboré pour loger 6500 familles qui vivaient dans des bicoques, mais seules 2329 maisons à bon marché furent finalement construites. Il semblerait que, hier comme aujourd’hui, l’argent destiné à la construction des maisons soit allé dans les poches des spéculateurs des familles bien placées de Barcelone.

L’indiscipline n’est pas spontanée
La capacité créative d’un mouvement révolutionnaire est basée sur l’abondance des initiatives, et plus particulièrement sur la rapidité de leur réalisation (p. 219). Les protagonistes de cette histoire sont, ne l’oublions pas, les ouvriers, et un ouvrier est « celui qui n’a pas d’autre choix que de travailler pour quelqu’un d’autre ». Ce sont eux qui habitaient les nombreux quartiers comme Prat Vermell. Une motivation qui n’est pas toujours formulée mais qui est presque toujours déterminante à l’heure de rendre compte de l’explosion révolutionnaire réside dans le ras-le-bol des opprimés : « Nous ne supportions plus les petits messieurs de la bourgeoisie, nouveaux ou anciens » (p. 48). « La misère est aussi insupportable que la tyrannie » (p. 82). Affirmation qui traverse tout le livre d’une manière ou d’une autre.

Pere López Sánchez scrute la vie quotidienne, les réflexions qu’élaboraient ces habitants et habitantes de la périphérie. Les personnages de l’histoire voyaient les élections comme de la superstition, étant convaincus de « l’impossibilité absolue que la politique puisse résoudre les problèmes ouvriers » (p. 162).
« Leur être-ensemble – qui respectait l’individualité mais méprisait l’individualisme – se forgeait à travers des contacts qui allaient et venaient à partir du travail, de la vie dans le quartier, de la complicité née de la lutte commune contre la misère et l’oppression qu’ils subissaient, et dans le fait de miser, même à tâtons, sur un autre présent et futur. Ils étaient isolés de la ville, mais la soif de revendication et d’émancipation les tenait ensemble. Par commodité peut-être » (p. 164).
C’est ainsi qu’émergea là-bas, par commodité aussi peut-être, la réalisation culturelle des principes autodidactes populaires sous la forme de l’Ateneo de defensa obrera, avec la prétention déclarée de représenter un bastion moral. S’y tenaient des journées poétiques ou théâtrales, des conférences (l’une d’elles portait sur la société future sans argent), des festivals en faveur de prisonniers, en général à partir d’une attitude résolue à aborder toutes les facettes de la vie qui les concernaient.
L’auteur recueille des histoires oubliées comme celles des diverses grèves déclenchées en solidarité avec un compagnon licencié, des « grèves pour la dignité collective », par solidarité internationale (comme avec les martyrs de Chicago, par exemple), ou celles des « bras tombés » [quand les ouvriers restaient à leur poste de travail, mais sans rien faire]. Auxquelles il faut ajouter celles des loyers et les multiples protestations contre les expulsions et contre les clauses abusives des contrats des Casas Baratas. López Sánchez nous offre quantité d’éléments pour voir des correspondances – valables à l’époque comme aujourd’hui – dans la façon de répondre aux expulsions dans les quartiers de Sants, Hostafrancs ou La Magoria. La grève affecta plus de 90 000 logements et perdura – avec plus ou moins d’intensité – jusqu’en 1942. « Parce qu’ils n’allaient pas se laisser voler pour vivre, qui plus est avec tout ce luxe débridé qu’ils voyaient autour d’eux » (p. 177). De fait, ils répondaient aux expulsions par des relogements, comme ceux, massifs, qui se produisirent lors de la nuit de la Sant Joan en 1931 (p. 183). Sans le moindre doute, cela représente le préambule de notre émouvante et guerrière PAH (Plataforma d’Afectats per la Hipoteca). Lors du meeting du 1er juillet 1931 qui généralise la grève, on demande que les chômeurs ne paient pas, que l’on supprime les dépôts [de caution], et l’on exige un rabais de 40 % pour les travailleurs. À ce moment-là, la grève des loyers atteignait son sommet. Le gouverneur civil, Esplá Rizo, et le président de la Chambre de la propriété, Pich i Pon (qui deviendra maire de la ville en 1935), s’allient pour « imposer la paix civile ». Pendant ce temps, les locataires s’organisent pour empêcher les expulsions.

C’est que ces hommes, femmes, personnes âgées et enfants, avant et après la révolution, « allaient en quête du tout », démontrant que ceux qui ne voulaient plus être considérés comme des moins que rien revendiquaient que « la civilisation arrive aussi jusqu’à eux ».

Ce livre, il faut insister sur ce point, est avant tout une arme pour faire honte à ceux qui qualifièrent la révolution des années trente de « résultat de la sauvagerie ». Et l’on n’y esquive pas les accusations : « Est-il possible de faire une révolution sans la moindre violence ? » (p. 283). « Dans la justice [des révolutionnaires], police, juge et bourreau ne faisaient qu’un. Cette métamorphose de la justice juste n’était pas vraiment une nouveauté. Ils la connaissaient d’avant, suffisamment bien hélas, pour savoir que la seule vérité juridique était celle-là. » (P. 290.) Même avec cela, l’enquête sert aussi à démentir la stigmatisation à partir de la supposée sauvagerie des habitants de ce quartier : à Prat Vermell, il n’y eut que quatre morts du fait des ouvriers.

Tout le livre est un démenti directement adressé à ceux qui prétendent que l’éclosion anarchiste de 1936 était spontanée. Pour leur faire honte, l’auteur affirme qu’il n’y eut pas de spontanéité, bien au contraire, et que « l’on a erronément qualifié de spontanéité le fait d’avoir été attentif à la conjoncture » (p. 232). [« La spontanéité utilisée comme synonyme d’improvisation ou de rupture de frein soudaine ignore] [3] les grandes ébullitions souterraines qui agitent les calamités de la survie. » (p. 92). [toujours selon les tenants de la thèse de la spontanéité] [4] « Les “pouilleux” de ce quartier et d’autres du même acabit sautèrent sans la moindre préparation dans le train de cette révolution sociale qui gâcha tant de vies, à commencer par les leurs. » (p. 93). Ou « La stupéfaction cessera et ne resteront, sous forme de bobards, que les arguties rebattues qui pontifient sur une irruption par enchantement, que ces anonymes surgirent du néant, et qu’avec rien ils voulurent tout dévorer, et en plus avec de mauvaises manières. » (p. 203). C’est parce que les fascistes lancèrent la réaction qu’ils provoquèrent une révolution. « Dans les confins de la ville des prodiges, lorsque l’omelette se retourna brusquement, ils osèrent montrer de manière désordonnée – certains diront de façon incontrôlée – qui tenait le couteau par le manche. Les périphéries devinrent pendant un temps le centre. Ils repoussèrent dans les marges leurs ennemis éternels. » (p. 159).

Et arriva le « dimanche sans festival ». Le fameux mot de passe du 18 juillet est rappelé : « Fernando, Furriel, Ferrol ». Il énumère les plans putschistes sous le nom de code « opérer l’enfant », qui furent au nombre de six : trois d’entre eux programmés pour avant, deux après et un pour le jour même des élections que remporta le Frente Popular le 14 avril 1936 (p. 213).

Il [L’auteur] rappelle aussi comment au cours de cette matinée de dimanche, il y eut des actes de fraternisation entre le peuple en armes. Par exemple, pendant l’assaut de la caserne de Lepanto : après avoir hissé le drapeau blanc des militaires ouvrirent les portes de la caserne et serrèrent les révolutionnaires dans leurs bras (p. 217). Et au cours des pages suivantes, il établit le parcours des gens armés contre la réaction – ce qu’il fut et quil avait pu être -, celui de ceux qui crurent que c’était le moment de vouloir le tout.

Par moments, il semble que régna la conviction générale de l’imminence de l’instauration du communisme libertaire. Ce ne fut pas le cas, mais cela flottait dans l’air et obligeait de dignes dignitaires à ne pouvoir dissocier dans leur vocabulaire public les mots « ordre » et « révolutionnaire ». Ce fut le moment de « la mise en marche des patrouilles de contrôle » (p. 220). On déclara la guerre aux parasites sociaux, on infligea des amendes aux industriels sous la forme d’impôt révolutionnaire, […] « on leur rendit la vie impossible en les harcelant à loisir et en exerçant des violences diverses » (p. 223). Car l’auteur ne cache rien lorsqu’il recueille un témoignage qui reconnaît qu’« il se passa toutes sortes de choses, car il faut de tout pour faire un monde, c’était inévitable » (p. 227).

Une barricade dans la calle Princesa en 1931Guerres souterraines
De nombreux exemples détaillés et prouvés de stratégies visant à criminaliser et à intimider sont exposés dans Rastros de rostros. On accusait à tort les habitants de Can Tunis, on leur infligeait des punitions gratuites, on les emprisonnait sans condamnation, etc. La criminalisation de ces années-là – qui nous est si familière aujourd’hui – allait de pair avec les triptyques offensants : « ouvrier, anarchiste, bandit » ou le si infâmant « immigrés, journaliers et analphabètes » qui représentaient la façon « correcte » de parler des « malfaiteurs, criminels, voleurs ». Dans tout processus de criminalisation, la fonction principale consiste à détourner l’attention des délits qui se commettent dans les « hautes sphères », afin qu’hier comme aujourd’hui, les grands criminels en sortent indemnes. « À cette époque, en matière d’hold-up, ceux qui étaient pratiqués par les cols blancs proliféraient sans empêchements ni censures : zèle dans le maintien de l’ordre, lock-out éhonté du chômage forcé, imposé par la bourgeoisie dont les préférences – espagnoles, catalanes ou républicaines – n’étaient que de façade, car quel que soit le drapeau, ils étaient tous unis pour la défense à outrance de leurs bénéfices. Leur seule profession de foi était la couleur de l’argent. Dans la presse ouvrière, on ironisait ainsi : “Un appartement modeste coûte dix, quinze, vingt douros par mois ; un pain coûte 75 centimes ; une paire de soulier 20 pesetas. Décidément, Monsieur Ametlla – alors gouverneur – il faut en finir avec les braqueurs” » (p. 200).

De nos jours, la structure du mépris contre « ceux d’en bas » se maintient intacte, seules changent peut-être les épithètes adaptées à la correction politique de chaque époque.

La violence prenait des teintes classiques au-delà des escarmouches courantes ou de la violence objective ou structurelle (et pour cette raison invisible parfois). Concrètement, elle prit forme dans les années trente dans la résurgence du pistolerismo que l’on croyait enterré en 1923, selon l’historiographie en usage [11]. Au cours de cette période, quantités de milices locales ou de Bandas negras, d’organisations paramilitaires et criminelles payées par le patronat, protégées par les gouvernants, civils, militaires et par les chefs suprêmes de la police – quand il ne s’agissait pas directement de tueurs à gage du Sindicato Libre – provoquèrent la mort de nombreux ouvriers (p. 102). Il s’agissait d’une « guerre sociale sourde », […] d’« une mer de feu souterraine » […] « dans une Barcelone qui continuait d’être un volcan » (respectivement pp. 124, 145 et 125). Quant aux actions menées par les insurgés, elles commençaient par la destruction des lumières des usines jusqu’à la lutte dans les maquis (à laquelle participèrent une poignée d’habitants de Can Tunis), en passant par le boycott envers ceux qui accaparaient trop de produits ; sans oublier les luttes sur les lieux de travail.

« Au sujet de la grève, […] [l’auteur] prétend souligner les modalités que prenait cette forme de lutte, ainsi que la pugnacité de l’action directe lorsqu’elle est l’expression sans médiation d’une base nombreuse, décidée à se saisir d’une paire de bottes, de quelques pesetas, d’un soulagement sur le plan matériel, et à ne pas perdre sa dignité dans ce qu’ils – les affranchis ou les insoumis de notre temps – appelaient amélioration ou émancipation morale » (p. 115). Nous savons qu’il y eut des grèves de la faim en prison, et aussi une dure répression républicaine dirigée en Catalogne par Lluís Companys (p. 120). Dans ces quelques pages, López Sánchez situe le centre du débat dans les formes de contrôle social non bourgeois, en reformulant la maxime marxiste selon laquelle la sécurité est le concept bourgeois suprême. Pour cela, il rappelle aussi le contrôle social que pratiquait l’anarcho-syndicalisme quand il considérait par exemple les vols commis par les ouvriers comme « des actes de rébellion inappropriés, […] et par conséquent, dignes de réprobation » (p. 124). « Noblesse oui ! Pillage non ! Justiciers conscients oui ! Assassins jamais ! » clamait-on dans le journal Solidaridad Obrera (p. 291).

Appel au boycott de la brasserie DammLe rôle des gamins dans la révolution est aussi évoqué, rôle souvent passé sous silence et ignoré. Ils participaient aux barricades « en entassant des pavés pendant la journée, et en élargissant les brèches dans la rue, faisant des tas plus grands » (p. 126). L’auteur rappelle les diverses formes de lutte des femmes, par exemple, les vendeuses ambulantes, durement poursuivies par la République, « des révoltées qui ne se dégonflaient pas face aux mesures répressives, et qui pouvaient être des révolutionnaires ». On ne peut s’empêcher de penser aux images actuelles si récurrentes de vendeurs ambulants fuyant la police, ou parfois l’affrontant comme à Calafell en août 2012, ou plus récemment en juillet 2013 à Torrevieja, ou en mai 2012 dans le quartier madrilène de Lavapiés, où la riposte des vendeurs et des gens du quartier obligea un policier à faire usage de son arme. Ou encore à la revendication du droit pas seulement à la ville mais à la vie, à ne pas être « écarté de la civilisation ». La synthèse exprimée par le titre du chapitre X : « Mal de beaucoup, remède de tous » relève les sanctions que les ouvriers infligeaient à ceux qui n’appliquaient pas le boycott d’un commerçant accapareur. Les luttes rassemblèrent parce que la souffrance était transversale entre ouvriers et autres forces productives et reproductives. « Aller en quête du tout », les assauts de l’économat, les efforts pour distinguer les « jaunes par nécessité » des « briseurs de grève professionnels » (p. 142), les exigences – aujourd’hui encore révolutionnaires – de la journée de travail de 6 heures.

Logo de l’entreprise AlenaLe conflit avec l’usine ALENA est raconté dans le menu. Suite au licenciement des ouvriers, ceux-ci occupèrent l’usine. On y détaille les affrontements entre ouvriers de la CNT – auxquels on avait interdit de travailler – et de faux travailleurs de l’UGT (Unió General de Treballadors) armés qui étaient en fait membres du Sindicato Libre. La République couvrit les événements sans pudeur, et la main de Lluís Companys ne trembla pas au moment de signer la mise à mort d’un libertaire, ni pour « envoyer la force nécessaire afin de garantir l’ordre et la liberté du travail » (p. 152). Les affrontements se soldèrent avec des coups de feu et 13 blessés, 4 d’entre eux graves. […]

L’auteur évoque également de manière claire et détaillée des pans oubliés de l’histoire, comme le 1er mai sanglant de 1931 : il y eut un meeting au Palacio de Bellas Artes, où l’on réclama la liberté de tous les prisonniers, le désarmement et la dissolution de la Guardia Civil, la confiscation des capitaux du clergé, ou encore une baisse des prix des loyers. Après la première proclamation, il y eut des coups de feu et l’armée occupa des lieux stratégiques. Companys loua la « pondération » des forces de l’ordre, et affirma que Barcelone était ingouvernable. Il fallait déporter les « éléments perturbateurs […] » (p. 174)

Il raconte aussi les réunions [des 13-15 juillet 1936 [5] ] entre des militaires loyaux à la République et Francisco Ascaso, Buenaventura Durruti et Joan García Oliver – Los Solidarios, qui deviendraient ensuite Nosotros – au restaurant Las Siete Puertas. Pendant qu’au gouvernement l’innocence se mêlait aux intérêts, dans les quartiers ouvriers « la détermination loin de faiblir ne cessait de se renforcer ». Un témoignage direct rappelle la confiance qu’ils avaient en eux : « Les fachos, cette fois, ils en auront pour leur compte, et quand leur sort sera réglé, la révolution commencera » (pp. 213-215).

Les assauts des forces de l’ordre contre le quartier étaient fréquents, et avaient pour but de semer la panique et d’intimider les habitants.

« On ne sait pas s’ils progressèrent en s’en tenant aux trois chemins qui, depuis les cercles ouvriers, s’ouvraient à ceux qui ne disposaient pas d’un centime, pour ceux qui ne pouvaient même pas se vendre pour une modeste paye. On avait le choix, disaient-ils, entre mourir de faim et de froid dans les rues, demander l’aumône en tendant la main à la charité publique, et affirmer les droits de la vie par la force en prenant le pain là où il y en avait. Dans l’un de ses poèmes où il déplorait de planter des fleurs et de ne récolter que des épines, El Cangrio récitait à son fils, après des jours à déambuler en quête de travail, et voyant ses pleurs causés par la faim : “Pourquoi ces nuages alors que tes yeux sont des soleils ?” – et “En cette nuit, sois sûr que tu auras du pain, qu’il ne t’en manquera pas.” » (p. 201).

Après ce dimanche de juillet 1936 surgit la tentative de créer une société libre. « Vivre l’utopie n’était pas un leurre » […] « Ils palpaient un autre monde, né de leurs cultures pratiques » (pp. 243 et 232), « Ils ne se contentaient pas de promesses ajournables, ils ne pensaient pas à renoncer à quoi que ce soit, quel qu’en fût le prix » (p. 231). On songea à abolir l’argent et c’est ce qu’on fit avec l’usure. Les leaders étaient provisoires. Tout fonctionnait au moyen d’échanges et de collectivisations – une des plus importantes de cette zone fut l’usine de Prat Vermell. On trouva des solutions au problème gravissime du logement, et une organisation efficace à travers l’autogestion et la discipline. Car ils aimaient la discipline, « mais pas cette discipline de caserne ou de couvent qu’on voulait leur imposer, plutôt une discipline dévouée, pour accompagner la révolution » (p. 253). Et puis après, très vite et pour un demi-siècle au moins, [on retomba dans] [6] cet avant, où nous sommes encore aujourd’hui.

Patrouilles de contrôle dans BarceloneLa révolution assiégée
Un lieu et des gens comme ceux qui participèrent à la révolution sociale des années trente depuis les Casas Baratas de Can Tunis ont été « la vitrine de la légende noire des marges » (p. 280), une stigmatisation que ce livre corrige enfin. Et c’est là que l’on retrouve de nouveau ce qui semble être le but latent de cette oeuvre : faire honte à ceux qui « ont parlé jusqu’à l’épuisement de crimes et de châtiments afin de cacher les apports constructifs de tous ces anonymes qui s’efforcèrent de forger pour l’éternité le rêve égalitaire » (p. 282).

Un faux choix fut établi : céder ou perdre la guerre, il s’agissait d’asséner un coup solide à la Révolution (p. 239). Malgré cela, la grève des loyers continua et le rejet de la mobilisation s’étendit. Fascistes et républicains s’unirent contre la révolution libertaire. Une guerre à l’utopie faite réalité commença – ou plutôt, continua – de ce côté-ci de l’Èbre. On tenta d’effacer d’un trait de plume l’administration populaire urbaine, le gouvernement s’opposa aux collectivisations et aux patrouilles de contrôle qu’il voulait démanteler. Ce fut le moment choisi par l’UGT pour prendre ses distances vis-à-vis d’elles (p. 257) : en résumé, on assiégea le processus révolutionnaire.

Les Événements de mai 1937 furent le sommet de ce tournant contre-révolutionnaire. Le point culminant fut atteint après d’innombrables chocs sporadiques, divers accrochages dans les rues, quand la rivalité entre le gouvernement et les ingouvernables représentait déjà un antagonisme sans retour possible. On interdit la circulation d’armes, les tribunaux populaires furent dissous. Ce mai sanglant se conclut par la mort de 500 personnes et par plus de 1500 blessés. Il entraîna la dissolution immédiate des patrouilles, ce qui porta à 900 le nombre de membres de la CNT arrêtés (p. 267). Des éclairs de dignité atteignaient la prison où les mutineries se multipliaient.

Un soupçon planait selon lequel les élites communistes avaient provoqué les troubles précédant les Événements de mai. Et pendant quelques jours, voire des semaines, la possibilité d’un coup d’État à l’État était envisagée (p. 269). Le quartier du Raval, méprisé encore de nos jours, se transforma en une forteresse stratégique en plein coeur de la ville.

L’auteur décrit dans le détail la guerre sale contre la Révolution, guerre sale commencée juste après ce court été de l’anarchie. Il pointe du doigt le complot des « nationalistes catalans de haut rang qui conspiraient même contre la Generalitat » (p. 285). Le texte rappelle que des militants de l’ERC firent partie des Patrouilles de Contrôle, même si on sait que ce même parti ne voulut rien savoir d’elles, et les diabolisa.

La répression à Can Tunis fut terrible. Et après la guerre, survint la défaite : répression, mort, fusillades, camps de travail, de concentration, d’extermination. Un grand nombre d’habitants des Casas Baratas finit dans un camp d’extermination avant la lettre, une expérimentation nazie, à Collioure. « Une démoralisation généralisée, des rêves à terre, l’abandon des idéaux, le refus de continuer les sacrifices, les pénuries et les estomacs vides ». Le bilan effectué par López Sánchez est effrayant : d’une manière ou d’une autre – exécutions, emprisonnements, exils forcés ou confinements dans des camps de concentration français et espagnols – le quartier perdit environ 25% de sa population (p. 305).

Et puis les prisonniers. Chaque famille dans le quartier avait au moins un de ses membres en prison. Les rues étaient un autre énorme pénitencier (p. 309), au point que, selon López Sánchez, la prison se convertit à ce moment en modèle de ville (p. 326).

Juillet 1936 : destruction de la prison de femmes de BarceloneLes traces de visages (Rastros de rostros) se sont concrétisées dans cette œuvre sous forme de « lamentation, parfois comme le cri étouffé des habitants des quartiers extrêmes ». Lieu d’exception permanent où – nous dit-on – une prétendue sauvagerie a justifié toutes sortes d’abus contre ces gens. Les habitants et habitantes de Can Tunis n’ont pu voir fleurir le monde nouveau dont ils rêvèrent, et qu’ils entretinrent. Cependant ils laissèrent des traces qui n’ont pu être effacées. López Sánchez les a sauvées de l’oubli, afin d’alimenter la dignité en action d’aujourd’hui.

Notes
[1] López Sánchez, Pere, 1991.
[2] López Sánchez, Pere, 1986, 1993a.
[3] Les critiques ont été massives depuis le début de ce siècle, moment qui consacre la fameuse formule du Modelo Barcelona pour se référer aux transformations urbanistiques qui ont suivi le choix de Barcelone comme siège des Jeux olympiques de 1992. Le moment est peut-être venu de reconnaître avec plus d’insistance l’apport exceptionnel de López Sánchez (1986, 1991, 1993a, 1993b) à la critique du modèle de ville, même avant l’apparition de la fameuse formule. Cf. Capel, 2005, 2007, 2009, 2010 ; Degen, García, & Cavalcanti, 2008 ; Delgado, 2007 ; Montaner, Álvarez, & Muxí, 2011 ; Ter Minassian, 2009 ; Von Heeren, 2002.
[4] López Sánchez, Pere, 1993b.
[5] Un des précurseurs les plus importants du modèle, désormais adversaire de celui-ci, est Jordi Borja. Dans ses dernières apparitions publiques, que ce soit au travers de livres, articles, chapitres de livres ou conférences, il prend ses distances avec ce qu’il considère comme une trahison du modèle original que des personnes comme lui avaient créé. Même s’il est devenu critique de ce modèle, il reste en même temps l’un de ses principaux exportateurs dans plusieurs villes latino-américaines. Cf. Borja, 2009, 2013.
[6] López Sánchez, Pere, 1993c.
[7] López Sánchez, Pere, 1986.
[8] Benjamin, Walter, [1959] 2008.
[9] Margarit, Joan, 2010.
[10] Ou la Barcelona-Model, expression par laquelle certains critiques du Pla Macià évoquaient la sinistre prison, préfigurant ainsi comment allait se transformer la ville post-olympique et, en particulier, ses quartiers les plus rebelles.
[11] González Calleja & del Rey Reguillo, 1995 ; León-Ignacio, 1981 ; Pradas, 2003 ; Tavera, 1995.

Bibliographie
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Traduction réalisée par un aficionado sans qualité.
Les notes entre crochets sont des Giménologues.
Les photos ajoutées pour illustrer le propos de Miguel Fernández le sont à notre initiative : elles proviennent du sitehttps://rastrosderostros.wordpress.com/

Les Giménologues, 13 décembre 2014

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